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Un Petit Morceau De L'auteur..

  • : Les Aventures Rocambolesques de Manou en Suisse
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Découvrir Plus En Profondeur..

27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 00:00

Quand on reste longtemps dans un même endroit, dans un même cadre de vie, on apprend à vivre avec ce qui nous entoure, avec le meilleur et avec le pire. Parfois en râlant, parfois en riant, des choses qui nous ont frappées (ouch !) au départ viennent à faire partie du quotidien et on n’y accorde plus grande importance. Il est rare qu’on se rappelle nos premières impressions, surtout quand celles-ci se sont révélées plutôt… euh… inadéquates !

2004-07-12 et 200 4-07-21 Lausanne Evian Vero (15)En relisant ces mails que j’ai écrit dans mes premiers temps en Suisse, je m’aperçois à quel point tout était nouveau ! Quand je dis tout, c’est vraiment TOUT. A comprendre par là que je mettais un peu tout et tout le monde dans le même panier, ne parvenant pas encore à discerner les différences pourtant majeures entre Français, Suisses, Belges et encore… Vaudois, Valaisans, Parisiens,  etc. Pour moi, tous les accents européens se ressemblaient et même si je remarquais bien des différences, j’étais incapable de les « classer » selon leur provenance. Je ne savais pas encore qu’ au CHUV par exemple, les Suisse étaient loin d’être en majorité parmi le personnel soignant. Aussi, un interlocuteur « X » européen était, pour moi, forcément Suisse ! D’où de très nombreuses erreurs de jugements dans mes premiers temps ici. On s’entend, pour qualifier les Suisses de râleurs alors que j’étais entourée de Français, c’est que je n’y avais pas compris grand-chose !!! Non non, je ne tiens pas à me lancer dans un conflit ouvert sur les dangers des généralités et les différences culturelles des francophones en Europe. Seulement, quand on nous demande « comment sont les gens en Suisse? » On se fie à l’expérience que l’on a eu, même si celle-ci n’est pas forcément juste dans son analyse.

Voici donc quelques « morceaux » d’un mail où je donne mes premières impressions sur ceux que je crois être les habitants de ce beau pays dans lequel je me suis installée.

 

Mail du 19 septembre 2003

 « J’ai reçu plusieurs questions sur le sujet : comment sont les Suisses ? Comment est l’accent ? Ai-je rencontré des gens intéressants ? Un petit mec peut-être (oui, j’étais bel et bien célibataire à l’époque !) ? (…)

Alors j’ai décidé d’écrire un peu sur le sujet. Au premier abord, les Suisses sont vraiment super sympathiques. Té perdu au coin d’une rue, ta mappe de la ville dans les mains à essayer de te repérer, t’as toujours quelqu’un qui va te proposer son aide (pas que les directives qu’il donne soient toujours exactes, mais bon… c’est l’intention qui compte !). Ils sont vraiment super serviables, t’aidant si tu tentes de monter ta grosse valise en haut des marches ou en redescendant, laissant quelqu’un de plus pressé passer devant eux, tenant la porte pour laisser passer une personnes, se saluant dans les rues ou dans les ascenceurs... etc. Bon, c’est sûr que y’a toujours des exceptions, mais je parle en très général depuis mon arrivée. Donc, comme début, c’est très positif.

Ensuite, en travaillant avec eux, on se rend compte que… les Suisse sont chialeux et qu’ils ont de la misère à sortir de leur « cadre ». Mouais, genre, j’ai une patiente qui est prête à monter à l’étage, mais le gars ne peut pas la recevoir car on lui a dit que c’était une autre qui devait monter d’abord… l’autre en question étant loin d’être prête ! Mais non, je ne peux pas monter celle qui est prête tout de suite parce que ce n’est pas dans cet ordre là qu’on les lui a annoncé… rapport ? Pis ça chiale sur tout ! Y’en a peut-être qui vont dire que quand je commence, je ne donne pas ma place, mais je vous assure, je ne fais pas le poids ! Autant le personnel que les patients… l’enfer ! Un patient vient à peine d’arriver, genre 15-20 minutes, j’ai même pas encore terminé de faire son admission que déjà il chiale sur 1. La civière (ici on dit brancard ou chariot) est trop dure, c’est pas confortable, est-ce qu’il peut avoir un oreiller ? 2. J’ai soif, je veux boire (alors qu’on n’en sait rien, vu son état et les examens qui seront demandés), 3. J’ai faim, comment ça on ne reçoit pas à manger ici (alors que souvent, ce n’est même pas l’heure du repas !) ? 4. Comment ça se fait que je n’ai pas encore vu le médecin ? Dans le meilleur des cas, après avoir chialé sur toutes les autres affaires d’abord, on est rendu à 30 minutes depuis son arrivée… Et ça, peut importe l’état de la personne. Tsé, quand on s’occupe d’abord de ralentir son cœur qui bat à 188 batt/min et que l’autre chiale parce qu’elle veut un OREILLER ? L’enfer ! Et ils sont assez… euh… égocentrique. Tsé, va lui dire que tu ne peux pas l’installer tout de suite dans un lit parce qu’il y a un patient qui ne va vraiment pas bien à côté… c’est pas une bonne raison !

(…)

On parlait d’accent Suisse aussi ? Héhé, d’abord, faut savoir qu’ici, y’on la maudite manie de couper tous les mots en deux ! Ils vont dire par exemple, une perf au lieu d’une perfusion, une crise d’épi au lieu d’une crise d’épilepsie (bah, ça aurait pu être une crise d’épinéphrine ou d’épicurisme… on sait jamais !), alors essaie de suivre une conversation quand tu dois trouver la bonne rallonge pour chaque mot que t’entend. Assez comique quand même par bout ! Et pour ce qui est de l’accent, ben c’est pas désagréable, en tout cas, moins pire que certains accents français que j’ai entendu. Vous savez, ceux qui montent dans l’aigu de façon assez… heu… peu mélodieuse ? Je crois bien que dans pas long, je vais être capable de reconnaître l’accent suisse à peu près n’importe où !

(…)

2004-06-24 Fete de la St-Jean (14) VidyPour ce qui est des autres québécois, y’en a comme des masses ici ! J’ai sorti un soir dans un bar et y’avait même un chanteur québécois. C’est fou l’ambiance qu’il y a à se retrouver un paquet de québécois ensemble… loin de notre pays d’origine ! Disons que ça fête pas mal fort et que y’avait pas d’ambiance de cruise du tout. Plutôt du genre, je suis l’amie de l’ami de la fille avec qui té arrivé et qui va devenir une bonne amie alors je te jase et tu vas devenir ma chum toi aussi ! Assez comique et pas mal cool.

Mais c’est étrange un peu l’impression que j’ai eu avec tout le monde que j’ai rencontré jusqu’à maintenant. Sûrement que je vais me faire un paquet de chums, on va sortir, voyager, visiter… mais dire que je vais rencontrer de bonnes amies/bons amis comme ceux que j’ai au Québec, je ne sais pas, j’ai des doutes. J’ai pas l’impression qu’il y ait beaucoup de monde qui veulent nouer des amitiés durables ou du moins, quelque chose de semblable à ça. Bah, je me dis que je suis là pour tripper et je vais bien voir… J’ai encore pleins de gens à rencontrer, de choses à faire… y’a tout pleins de surprises qui m’attendent !

 (…)

Alors voilà (expression typiquement Suisse ça en passant), pour ce qui est des rencontres que j’ai fait jusqu’à maintenant ! Je me fais un fun fou, même si c’est un peu gossant des fois de vouloir planifier de quoi et de pas savoir avec qui partir. Je fais des voyages seule, ça c’est sûr, mais y’a des choses qui sont plus l’fun en groupe !

Bon, je finis là, parce que ça risque d’être encore plus long sinon (et déjà, j’ai coupé des bouts sur la version originale !) !

Cho tout le monde (faut que je m’intègre à la Suisse et cho, c’est typique ça aussi !)

 

En relisant ce mail où je parle de mes impressions sur les gens, je suis moi-même quelque peu choquée de voir à quel point je pouvais généraliser et me faire des impressions sur les gens que je ne connaissais pas. En même temps, il est nécessaire et même primordial de passer par cette première impression, même si elle est remplie de faussetés. Les premières impressions, c’est quand même important, mais il est plus important encore, c’est d’arriver à passer par-dessus et découvrir ce qui se cache derrière. Par exemple, j’ai découvert que oui, il est vrai qu’au niveau hospitalier, les Suisses (oui, là, je parle bel et bien des Suisses, quoi qu'ils n'aient Hopital de Nuit Nord Janvier05 (03)pas le monopole sur ce point!) sont beaucoup plus exigeants que ce que j’avais connu au Québec et qu’ils sont très pointilleux sur l’aspect « confort ». Le « label qualité Suisse », ce n’est pas que dans les guides touristiques qu’on en retrouve le principe ! En même temps, il n’y a pas si longtemps encore dans la mémoire du pays, les gens qui venaient pour être hospitalisés bénéficiaient de tout un service de type « hôtellerie ». C’est d’ailleurs toujours le cas dans les cliniques privées et certains hôpitaux périphériques. Cette notion disparaît de plus en plus et même les patients « privés » bénéficient de moins en moins d’avantages et ce, malgré ce que les compagnies d’assurance laissent entendre à leurs client ! Il y a donc une grosse marge entre l’idée que la personne se fait d’un séjour à l’hôpital et la réalité, principalement dans la catégorie du 3ème âge…

Comprenant cet aspect particulier de la clientèle Suisse, on s’étonne moins de leurs exigences même si parfois, on a l’impression que certaines personnes forcent vraiment beaucoup sur la note ! Au final, on s’aperçoit qu’envers ces gens là, il suffit de leur offrir de toutes petites choses pour les rassurer, les réconforter et leur donner l’impression qu’on « prend soins d’eux ». Par exemple, une simple friction à l’eau de lavande avant d’aller dormir fait des merveilles sur la qualité de sommeil des patients ! Testé et approuvé ! Par contre, il faut aussi rester réaliste face aux exigences du service et non, je ne frictionne pas le dos de mes patients aux urgences la nuit ! En zone d’observation , c’est autre chose, mais aux urgences...

Pour en revenir aux premières impressions, il est toujours difficile, quand on arrive dans un nouveau milieu de vie, de savoir si ce que l’on perçoit est juste ou erroné et ce, malgré ce que les gens qui nous entoure peuvent nous en dire. Il est donc important, voir primordial de confronter ces idées, ces images que l’on se fait en cherchant à comprendre. Comprendre le pourquoi du comment des choses. Pourquoi les gens ont tel type de comportement ? Pourquoi on me fait sans cesse telle remarque ? Quelle est leur histoire, leur vision, leur conception des choses qui les amènent à avoir tel type de philosophie de vie ? Quand on trouve les réponses à ces questions, même seulement en parti, on découvre alors une énorme richesse culturelle et un passé souvent des plus surprenant,  expliquant du moins un peu, les différentes attitudes que l’on peut rencontrer. Bref, la compréhension de l’autre se fait une fois que l’on a passé par-dessus ces premières impressions et qu’on les a confronté à la réalité de l’autre.

Une fois la démarche de compréhension bien entamée, il faut ensuite passé à la phase d’acceptation de l’autre malgré ses différences et là, ça, c’est encore plus difficile… et pourtant, encore là, tellement rempli de richesses à découvrir !

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commentaires

Céline 19/07/2013 10:32

Salut, je suis suissesse et partie pour au moins un an à Berlin! Je me retrouve dans ce que tu racontes...c'est vrai que les premières impressions sont souvent un peu "excessives"! Je suis dans ma première phase d'acclimatation à l'Allemagne...et je vois énormément de différence avec la Suisse! Félicitations pour le blog! Je vois qu'il date de 2010, j'espère que les Suisses ne te sortent pas par les oreilles ;-)
Au plaisir de lire la suite...Céline